Rugissement au féminin
Les sculptrices animalières sont en tout petit nombre,
Anne-Marie Profillet est de celles qui ont su se tailler un nom dans un milieu très masculin. Ce Lion n° 2 n’est pas n’importe quel tirage en bronze puisqu’il est l’exemplaire exposé au Salon d’automne de 1937 et qu’il est demeuré depuis dans la famille de la sculptrice qui l’a conçue : Anne-Marie Profillet. Le cachet du fondeur Valsuani lui apporte
un supplément de qualité d’exécution et de patine. Très tôt, la jeune femme, formée auprès d’Édouard Navelier, décide de s’orienter vers un domaine plutôt masculin, celui de la sculpture animalière. Son professeur l’encourage à travailler d’après nature, notamment à multiplier les séances au Jardin des Plantes. Bien lui en a pris puisque c’est à ces occasions qu’elle rencontre et se lie d’amitié avec François Pompon. Nous sommes en 1928, le vieux maître prend cette jeune artiste sous son aile tutélaire et elle va rejoindre le groupe des Douze, qu’il a fondé en 1931, et qui est très bien fréquenté : Jouve, Artus, Guyot… ainsi qu’une autre jeune femme, Jeanne Poupelet. Anne-Marie Profillet a adopté la simplification des formes et l’observation attentive du vivant promue par le père de l’Ours blanc, mais ne perd pas sa personnalité pour autant. Lors des différents salons dans lesquels elle expose, les critiques louent son travail et le public est séduit. Mais sa santé, fragile, se détériore en 1938 et l’année suivante, sa carrière est interrompue trop tôt. Seuls 70 modèles sont répertoriés, et grâce à une donation de sa sœur, le musée de Vire en possède 37, dont celui de ce lion majestueux.
Dans la Gazette Drouot 5 du jeudi 5 février 2026.