UN MANUSCRIT POUR MARGUERITE DE VALOIS-ANGOULEME

Une reine de Navarre et un théologien, tous deux humanistes, sont réunis dans cet ouvrage enrichi de fraîches enluminures aux bordures rares. L’illustration de ce manuscrit se compose de neuf enluminures à pleine page, sept faisant face aux Sept Paroles de Jésus-Christ et deux en ouverture. D’une incroyable fraîcheur, elles sont enrichies d’une rare bordure reprenant les instruments de la Passion du Christ (Arma Christi), ce qui en soi constitue déjà une particularité. Mais ce n’est pas la seule… Il faut regarder du côté de la deuxième illustration, celle représentant l’auteur du livre, le chanoine Jean de Gaigny remettant l’ouvrage à Marguerite d’Angoulême (1492-1529), agenouillée devant une table couverte et sous un dais rouge. Ce détail essentiel permet d’affirmer que ce manuscrit de présentation a été adressé à cette princesse, et quelle princesse ! Sœur de François Ier, épouse de son compagnon d’armes Henri d’Albret, roi de Navarre, c’est elle qui négocia la délivrance de son frère avec Charles Quint après la défaite de Pavie, avant de se tourner vers les lettres. Imprégnée d’humanisme, elle laisse une importante œuvre littéraire. Appartenant au cercle précieux des femmes bibliophiles de son temps, elle possédait une belle bibliothèque, dont peu d’ouvrages nous sont parvenus. Revenons à l’auteur : Jean de Gaigny a repris les sept dernières paroles de Jésus sur la croix, les a interprétées et détaillées dans cet ouvrage dense de 357 feuillets. Il n’est pas non plus un inconnu. Premier aumônier de François Ier, il est considéré comme l’un des hommes les plus influents de
l’histoire bibliophilique de son époque, ayant exhumé et fait imprimer de nombreux textes antiques. Tout cela fait de ce manuscrit, toujours à l’abri dans sa reliure en velours cramoisi d’époque, un unicum.
La vacation reprendra à 14 h avec quelques romans incontournables du XIXe siècle f)rançais, dont l’édition originale en deux volumes du Rouge et le Noir, estimée 15 000 à 20 000 € , là encore avec une spécificité. En effet, précise Nicolas Asvisio, il s’agit du « huitième exemplaire connu enrichi d’un envoi autographe de Stendhal, celui-ci avec la mention autographe “Hommage de l’auteur” en partie coupée par le relieur ».

JEUDI 23 AVRIL, À 9 H 30 ET À 14 H. SAINT-CLOUD. LE FLOC’H OVV.M. ASVISIO.
Ateliers du maître de François de Rohan et d’Étienne Colaud pour les illustrations, et Jean de Gaigny pour le texte, Les Sept Paroles de Jésus-Christ, vers 1530, manuscrit enluminé sur peau de vélin,
357 feuillets, 9 enluminures à pleine page, lettrines enluminées en bleu, fins de chapitres ornés de phylactères en lettres d’or sur ruban bleu ou rouge,reliure plein velours cramoisi d’époque, à lacets.
Estimation : 20 000/30 000 €

Dans la Gazette Drouot du jeudi 16 avril 2026.